
Du froid, (20°!), des odeurs, des cris, des aboiements, des pétards (ou des coups de feu ?), bref, de l’animation. Nous sommes à Delhi depuis une semaine, dans le quartier de Paharganj, l’un des plus animés et populeux de la capitale, très forte concentation. Beaucoup de petits hôtels bon marché. Un flot continu de voyageurs européens.
Nous devions y rencontrer un policier indien alerté par un gendarme français. Pas au courant de la disparition de Jean-Baptiste, il a fait son maximum depuis pour être efficace. Et il a hâte de nous rencontrer.
Nous ne perdons pas de temps et lui non plus. Dès le lendemain de notre rencontre, les médias viennent nous voir à l’hôtel. Notre angoisse est toujours la difficulté de la langue. (je n’ai pas utilisé le mot barrage, car ce n’en est pas vraiment un). Mais grâce à la fréquentation cosmopolite du quartier, les interprètes tombent du ciel au bon moment, jusqu’à ce que nous réussissions par nous débrouiller seuls, enfin rodés au bout de la 6° télé. Certaines TV seront diffusées dans l’Inde entière, c’est tout à fait ce que nous recherchons.
Nous sommes surpris de l’intérêt des médias, car à différents endroits, on nous a fait comprendre qu’au bout de 2 ans, il n’y avait plus d'intérêt et plus grand-chose à espérer…
Entrevue hier avec l’ambassadeur. Il pense qu’on a fait le maximum et qu’il ne nous sera pas possible de continuer à dépenser autant d’énergie. Car ou Jean-Baptiste est mort, et le corps a totalement disparu, on ne le retrouvera malheureusement jamais. Ou il est « caché », et on a peu de chance de soulever encore des indices. Seul le hasard, la chance, la Providence ? fera qu’on apprendra un jour quelque chose. (nous résumons, avec nos mots à nous).
L’ambassadeur propose qu’un avis de recherche soit publié dans les journaux au moins 2 fois l’an pour que la garde ne soit pas baissée. Nous lui demandons également de stimuler périodiquement les lieux en son pouvoir, comme les Alliances Françaises, car nous avons vu que les avis de recherche y avaient souvent disparus, ce qui ne fait pas plaisir.
Il nous redit que non, il n’y a pas de disparition non résolue de français en Inde, du moins à sa connaissance. Le cas de Jean-Baptiste est unique. C’est important de l’écrire car trop de monde pense qu’on disparait en Inde extrêmement facilement.
Ce n’est pas vrai. On peut essayer de s’y perdre, ou disjoncter, mais en Inde tout se sait. On n’a cessé de nous le dire et redire. A priori, le pays n’est pas plus dangereux qu’un autre. On y a vu un grand nombre de jeunes filles voyageant seules. Elles n’ont pas disparu, ou alors personne ne s’en est inquiété.
Nous ne nous y sommes personnellement jamais sentis en danger. Juste parfois agacés par un harcèlement assez incessant. Ce n’est pas un pays où on est « tranquille ». La misère et la saleté vous sautent au visage. Mais aussi la beauté et la gentillesse.
Il est vrai que l’Inde peut perturber. Elle est unique, on aime ou on n’aime pas.
Aujourd’hui, nous avons enfin obtenu un devis pour un véhicule à aménager en QG pour Jean-Baptiste. Ce fut un parcours du combattant, avec de longues traversées de l’immense ville en rickshaws et taxis.
Si ce projet doit se faire, il se fera. Nous n’avons plus la force d’être acharnés.
Dimanche soir 21 février, 3 mois jour pour jour après notre arrivée à Bombay, nous retrouverons la France, la famille, les amis, et même le froid, avec un certain plaisir.
Nous prendrons le temps de réfléchir à ce que sera notre prochaine étape dans cette quête de l’impossible, peut-être…